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PARIS

LIBRAIRIE FISCHBACHER
SOCIÉTÉ ANONYME
33, RUE DE SEINE, 33


1888



STRASBOURG, TYPOGRAPHIE DE G. FISCHBACH

A

CASIMIR BAILLE



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I

Croyez-moi, Baille, prenons l'habitude de retournerdans cette hospitalière ville de Bâle, oùil nous est permis de nous laver de toutes lesturpitudes contemporaines qui nous écoeurentdans l'un de ces grands fleuves de la musique,Bach ou Hændel, larges et sereins comme lefleuve des Amazones, sacrés comme le Gange etpurifiants comme lui. Ne disons pas trop de malde Wagner: contentons-nous d'échapper, fût-cepour quelques heures, à son influence qui n'estpas toujours bienfaisante. Entre deux auditionsd'un chef-d'oeuvre riche en fugues immenses,regardons couler le Rhin, pâmons-nous devantle Saint Georges de la cathédrale ou devant leSaint Martin qui coupe en deux son manteaucomme pour en revêtir pieusement un troncd'arbre; étudions les dessins de Holbein, admirablesde vie et de science, de force et de vérité;ne négligeons pas d'arroser de quelque vin rosele saumon du Rhin, les filets de féras, la tanchefrite ou le fin brochet; faisons résonner discrètement,dans le silence du musée gothique, l'épinetteou le virginal; esquissons le sujet demainte fugue de Bach sur des touches creuséespar les terribles galops d'anciens pandours duclavicorde; enfin laissons-nous vivre, respironsun air paisible, perdons tout souvenir des littératureset musiques faisandées dont le parfumvaut celui de certaines cuisines parisiennes àdix-neuf sous, par les soirs d'orage qui en exaltentles miasmes. Chaque année, Baille, recommençonsnotre pèlerinage vers cette ville amieoù les maîtres que nous vénérons le plus nousapparaissent dans leur fulgurante beauté; et redescendonslumineux de la sainte montagne,bras dessus, bras dessous, comme Moïse etAaron, vous plein de l'esprit de Dieu, moihumble porte-parole, puisque le Seigneur m'afait la grâce de délier ma langue et que je peux,sans balbutier trop, dire aux autres ce que j'aiprofondément ressenti et verser en eux le trop-pleinde mon âme.

En ce béni mois de juin 1887, nous avonsgoûté la fraîcheur d'une de nos oasis de musique,si désirables dans le désert où nous tironspiteusement la langue. Car notre Paris ignoreHændel, malgré les belles exécutions du Messieet de Judas Macchabée, données par M. Lamoureux,il y a une douzaine d'années, et auxquelles,hélas! je n'assistais point, la lumière n'ayant pasété faite alors dans ma misérable cervelle. Pourtantj'abominais l'Opéra; ses pompes m'étaienten horreur, et cette instinctive répulsion trahissaitune âme prédestinée. Je devais un jourm'épanouir à la musique, me passionner pourles fugues. Loué soit Dieu!

Le Rhin, cette fois, était jaune. Je l'avais vud'un vert splendide sous le ciel de l'été, puissombre et charriant des glaçons par un tempsde neige bien approprié à ma joie du moment,puisque j'entendais au mois de décembre dernierl'oratorio de Noël, oeuvre lumineuse ettendre, tour à tour exquise par l'intimité ou exubérantede joie, et toute parfumée de cette divinegrâce que personne, non, pas même Mozart,n'eut jamais à un aussi haut degré que le grandSébastien. Cette fois il pleuvait donc à torrents;

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