COURS FAMILIER
DE
LITTÉRATURE

REVUE MENSUELLE

XXIV

COURS FAMILIER
DE
LITTÉRATURE

UN ENTRETIEN PAR MOIS

PAR
M. DE LAMARTINE

TOME VINGT-QUATRIÈME

PARIS
ON S'ABONNE CHEZ L'AUTEUR
9, RUE CAMBACÉRÈS (ANCIENNE RUE DE LA VILLE-L'ÉVÊQUE, 48)
1867

(p. 449) COURS FAMILIER
DE
LITTÉRATURE

CXXXIXe ENTRETIEN
LITTÉRATURE GERMANIQUE

LES NIBELUNGEN
Poëme épique primitif
—SUITE—
XX

Maintenant laissons-les occupés à leurs préparatifs. Jamais guerriersd'une âme plus haute ne se rendirent chez un roi en plus superbefaçon. Ils avaient tout ce qu'ils désiraient, des armes et desvêtements.

Le prince du Rhin habilla ses hommes au nombre de (p. 450) mille etsoixante, ainsi que je l'ai appris, et neuf mille valets, afin de serendre à la fête. Ceux qui restèrent dans leur patrie les pleurèrentdepuis lors.

On apporta à la cour à Worms tous les effets nécessaires. Un vieilévêque de Spire dit à dame Uote: «Nos amis veulent se rendre à cettegrande fête; que Dieu les protége!»

La noble Uote parla à ses enfants: «O bons héros! demeurez ici. J'airêvé cette nuit d'une effroyable calamité: tous les oiseaux de ce paysétaient morts.

«—Celui qui s'en rapporte aux songes, dit Hagene, celui-là ne saitjamais dire la vérité sur ce qui intéresse son honneur. Je désire quemes maîtres, après avoir pris congé, se rendent à la cour d'Etzel.

«Nous chevaucherons avec plaisir vers le pays des Hiunen, où la maindes vaillants guerriers servira leurs rois, ainsi que nous le verronsà la fête de Kriemhilt.» Hagene conseilla le voyage. Depuis lors ils'en repentit.

Il s'y serait bien opposé, si Gêrnôt ne l'avait attaqué par desparoles injurieuses. Lui rappelant Sîfrit, l'époux de Kriemhilt, ildisait: «C'est pour ce motif que Hagene veut renoncer au grand voyageà la cour d'Etzel.»

Hagene de Troneje répondit: «Jamais je n'agis par crainte.Accomplissez, ô héros, ce que vous avez pris la résolution de faire.Je vous accompagnerai volontiers au pays d'Etzel.» Depuis lors ilbrisa maints casques et maints boucliers.

Les vaisseaux étaient prêts et un grand nombre de guerriers setrouvaient là; on chargea tout ce qu'ils avaient de vêtements; ontravailla jusqu'au soir. Bientôt ils quittèrent le paystrès-joyeusement.

(p. 451) On établit sur l'herbe de l'autre côté du Rhin les tentes etles huttes à l'endroit où l'on voulait camper. La belle femme du Roile pria de demeurer près d'elle. Cette nuit encore, elle serra sonbeau corps dans ses bras.

Un bruit de trompettes et de flûtes s'éleva le matin de bonne heure,au moment du départ. L'ami embrassa encore tendrement ceux qu'ilaimait. La femme du roi Etzel les sépara bientôt d'une façon sicruelle!

Les fils de la belle Uote avaient un homme-lige hardi et fidèle. Aumoment de leur départ il avoua en secret au Roi ce qu'il avait sur lecœur; il dit: «Il me faut gémir de ce que vous fassiez ce voyage àla cour du roi Etzel.»

Il s'appelait Rûmolt et c'était un héros à la main prompte. Il ajouta:«À qui comptez-vous laisser vos gens et votre pays? Personne nepeut-il donc, ô guerriers, vous détourner de votre projet?L'invitation de Kriemhilt ne me paraît pas de bon aloi.

«—Que le pays te soit confié et aussi mon petit enfant, répondit leRoi, et protége bien les femmes: telle est ma volonté. Console lecœu

...

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