Il a été tiré de cet ouvrage
trois cents exemplaires de luxe,
numérotés de 1 à 300, et signés
par l'auteur.

Portrait de l'auteur d'après un fusain de St-Charles.
Il poursuivait alors la Chimère tout en faisant,
dans les journaux, le triste métier de
reporter. Cela le tenait maigre;
il a engraissé depuis.



AU LECTEUR

L'auteur avait d'abord songé à demander à l'un denos hommes illustres de lui écrire une préface pourson livre. Mais il y en a trop, ça l'a découragé; il n'apas su lequel choisir.

Il a craint aussi la concurrence. Si on ne lisait quela préface, sans lire le livre?

C'est pourquoi ce modeste volume entre dans lemonde sans parrain. C'est bien fait pour lui.

L'auteur a écrit ce livre avec la plus grande sincérité,croyant faire oeuvre utile en montrant aux naïfset à la jeunesse inexpérimentée ce qu'on leur cacheavec tant de soin. Il raconte ce qu'il connaît, sans sesoucier de plaire à celui-ci ou de mécontenter celui-là,par simple amour de la Vérité, cette vierge que l'onviole si souvent, qu'il faut sans cesse lui acheter unerobe nouvelle.

Ce livre, il ne pouvait l'écrire autrement, puisqu'ill'a écrit comme il le pensait. Il a fait ce qu'il croyaitbien. Le lecteur le jugera comme il voudra.A. B.

N.B.--C'est de l'histoire d'hier que l'auteur s'estinspiré pour écrire ce roman; mais cette histoire ressemblesingulièrement à celle d'aujourd'hui. Des typesdu monde du journalisme qu'il présente aux lecteurs,beaucoup sont disparus, mais d'autres viventencore. Quant aux personnages politiques dont il estquestion, ils sont de tous les temps, depuis la Confédérationdes provinces du Canada, jusqu'à nos jours.Et l'espèce ne paraît pas prête de s'éteindre: elle faitconstamment des petits.



I

AUX CHAMPS

Parce qu'il était le plus intelligent dela classe, qu'il avait une jolie voix et quec'était un élégant petit homme, à chaqueexamen, l'institutrice du quatrième arrondissement,de la paroisse de Mamelmont,lui faisait lire l'adresse de bienvenueà monsieur le curé et aux commissairesd'écoles. Cela ne lui plaisait guère, à cause desprofondes révérences qu'il fallait faire au commencementet à la fin. Déjà, dans son âme d'enfant ilsentait l'humiliation des courbettes, pour la dignitéhumaine. Mais l'institutrice était si gentille aveclui, elle avait une façon de lui caresser la joue quilui eut fait faire bien d'autres choses. Signes précoces,chez l'enfant, indiquant que plus tard l'hommejoindrait à l'amour de l'indépendance, le culte de labeauté.

A douze ans, Paul Mirot aimait mademoiselleGeorgette Jobin, l'institutrice. Il l'aimait parcequ'elle avait de grands yeux noirs et la peau blanche,la taille souple et le geste gracieux, bref, parce quec'était une belle fille. Il est vrai qu'elle était bonnepour lui, qu'elle le traitait en favori, parce que l'admirationde cet enfant pour sa beauté, la touchaitcomme un hommage sincère, sans l'ombre d'une mauvaisepensée. Souvent elle le gardait après la classe,l'amenait chez-elle, le prenait sur ses genoux et lefaisait causer. Le petit homme appuy

...

BU KİTABI OKUMAK İÇİN ÜYE OLUN VEYA GİRİŞ YAPIN!


Sitemize Üyelik ÜCRETSİZDİR!