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CLAIR DE LUNE

PAR
GUY DE MAUPASSANT

* * * * *

PARIS

1884

* * * * *

ILLUSTRATIONS DE

ARCOS—GAMBARD—GRASSET—JEANNIOT—LE NATUR—ADRIEN MARIEMERWART—MYRBACH—RENOUARD—ROCHEGROSSE—ROY—TIRADO

CLAIR DE LUNE

[Illustration de GAMBARD]

Il portait bien son nom de bataille, l'abbé Marignan. C'était un grandprêtre maigre, fanatique, d'âme toujours exaltée, mais droite. Toutesses croyances étaient fixes, sans jamais d'oscillations. Il s'imaginaitsincèrement connaître son Dieu, pénétrer ses desseins, ses volontés, sesintentions.

Quand il se promenait à grands pas dans l'allée de son petit presbytèrede campagne, quelquefois une interrogation se dressait dans son esprit:«Pourquoi Dieu a-t-il fait cela?» Et il cherchait obstinément, prenanten sa pensée la place de Dieu, et il trouvait presque toujours. Cen'est pas lui qui eût murmuré dans un élan de pieuse humilité:«Seigneur, vos desseins sont impénétrables!» ICI se disait: «Je suis leserviteur de Dieu, je dois connaître ses raisons d'agir, et les devinersi je ne les connais pas.»

Tout lui paraissait créé dans la nature avec une logique absolue etadmirable. Les «Pourquoi» et les «Parce que» se balançaient toujours.Les aurores étaient faites pour rendre joyeux les réveils, les jourspour mûrir les moissons, les pluies pour les arroser, les soirs pourpréparer au sommeil et les nuits sombres pour dormir.

Les quatre saisons correspondaient parfaitement à tous les besoins del'agriculture; et jamais le soupçon n'aurait pu venir au prêtre que lanature n'a point d'intentions et que tout ce qui vit s'est plié, aucontraire, aux dures nécessités des époques, des climats et de lamatière.

Mais il haïssait la femme, il la haïssait inconsciemment, et laméprisait par instinct. Il répétait souvent la parole du Christ: «Femme,qu'y a-t-il de commun entre vous et moi?» et il ajoutait: «On disait queDieu lui-même se sentait mécontent de cette oeuvre-là.» La femme étaitbien pour lui l'enfant douze fois impure dont parle le poète. Elle étaitle tentateur qui avait entraîné le premier homme et qui continuaittoujours son oeuvre de damnation, l'être faible, dangereux,mystérieusement troublant. Et plus encore que leur corps de perdition,il haïssait leur âme aimante.

Souvent il avait senti leur tendresse attachée à lui et, bien qu'il sesût inattaquable, il s'exaspérait de ce besoin d'aimer qui frémissaittoujours en elles.

Dieu, à son avis, n'avait créé la femme que pour tenter l'homme etl'éprouver. Il ne fallait approcher d'elle qu'avec des précautionsdéfensives, et les craintes qu'on a des pièges. Elle était, en effet,toute pareille à un piège avec ses bras tendus et ses lèvres ouvertesvers l'homme.

Il n'avait d'indulgence que pour les religieuses que leur voeu rendaitinoffensives; mais il les traitait durement quand même, parce qu'il lasentait toujours vivante au fond de leur coeur enchaîné, de leur coeurhumilié, cette éternelle tendresse qui venait encore à lui, bien qu'ilfût un prêtre.

Il la sentait dans leurs regards plus mouil

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