| Note sur la transcription: L'orthographe d'origine a été conservée etn'a pas été harmonisée. Quelques erreurs clairement introduites par letypographe ont cependant été corrigées. |
TYPOGRAPHIE LACRAMPE ET COMP.,
RUE DAMIETTE, 2
PAR
PARIS
PAULIN, ÉDITEUR, RUE RICHELIEU, 60.
1845
| TABLE |
| Tome premier Tome deuxième Tome troisième Tome quatrième Tome cinquième Table des chapitres. |
Vers la fin du mois de décembre 1838, on voyait (et l'on voitprobablement encore) un modeste café appelé le café Lebœuf, situérue Saint-Louis au Marais, en face du vieil hôtel d'Orbesson, vaste ettriste demeure, mise en location, après avoir été habitée pendantplusieurs générations par une ancienne famille de robe.
Son dernier propriétaire, le président d'Orbesson, était mort peu demois après la restauration.
Au mois d'octobre 1838, les écriteaux disparurent, et un locataire vintprendre possession de ce sombre édifice, bâtiment à deux étages entrecour et jardin. Une grande porte vermoulue flanquée de deux pavillonsservant de commun s'ouvrait sur la rue.
L'hôtel d'Orbesson, quoique habité, paraissait toujours désert etabandonné.
Une herbe épaisse continuait de pousser sur le seuil de la grande porte,qui ne s'était jamais ouverte depuis l'arrivée du dernier locataire, lecolonel Ulrik.
Dans les quartiers populeux ou élégants de Paris, on est à peu près àl'abri de la médisance ou de la curiosité de ses voisins. Chacun esttrop occupé de ses travaux et de ses plaisirs, pour perdre un tempsprécieux à ces commentaires fabuleux, à cet espionnage hargneux etincessant qui fait les délices de la province.
Il n'en est pas ainsi dans certains quartiers retirés, généralementpeuplés de petits rentiers ou d'anciens employés, gens éminemment oisifset passionnés du merveilleux, toujours préoccupés de l'impérieux besoinde savoir ce qui se passe dans la rue ou chez les autres.
On doit le dire, à la louange de ces honnêtes bourgeois, si jalouxd'exercer leur imagination, ils ne sont pas très-exigeants surl'importance des faits qu'ils aiment à poétiser à leur manière. Lamoindre particularité leur suffit pour étayer les plus formidableshistoires, dont ils vivent heureux et satisfaits pendant plusieurs mois.
Mais si la personne qu'ils épient s'opiniâtre à ne pas même leur donnerle prétexte d'une fable, si elle s'environne d'un mystère impénétrable,la curiosité des oisifs, refoulée, comprimée, ne trouvant pas d'issue,s'exalte jusqu'à la frénésie. Pour assouvir leur passion favorite, ilsne reculent alors devant aucune extrémité.
Depuis trois mois qu'il habitait le Marais, le colonel Ulrik avaitréussi à exciter cette espèce de curiosité furibonde chez ses