This text was adapted from that found at the Bibliothèque virtuelle

(http://www.fsj.ualberta.ca/biblio/default.htm) Thank youto Donald Ipperciel and the Faculté Saint-Jean (Universityof Alberta) for making it available.

Angéline de Montbrun

Laure Conan

«L'avez-vous cru que cette vie fut la vie?»

Lacordaire.

(Maurice Darville à sa soeur)

Chère Mina,

Je l'ai vue—j'ai vu ma Fleur des Champs, la fraîche fleur deValriant,—et, crois-moi, la plus belle rose que le soleil aitjamais fait rougir ne mériterait pas de lui être comparée. Oui,ma chère, je suis chez M. de Montbrun, et je t'avoue que ma maintremblait en sonnant à la porte.

—Monsieur et Mademoiselle sont sortis, mais ne tarderont pas àrentrer, me dit la domestique qui me reçut; et elle m'introduisitdans un petit salon très simple et très joli, où je trouvai MmeLebrun, qui est ici depuis quelques jours.

J'aurais préféré n'y trouver personne. Pourtant je fis de mon mieux.
Mais l'attente est une fièvre comme une autre.

J'avais chaud, j'avais froid, les oreilles me bourdonnaientaffreusement, et je répondais au hasard à cette bonne Mme Lebrun quime regardait avec l'air indulgent qu'elle prend toujours lorsqu'onlui dit des sottises.

Enfin, la porte s'ouvrit, et un nuage me passa sur les yeux Angélineentrait suivie de son père. Elle était en costume d'amazone, ce quilui va mieux que je ne saurais dire. Et tous deux me reprochèrent dene pas t'avoir emmenée, comme s'il y avait de ma faute.

Pourquoi t'es-tu obstinée à ne pas m'accompagner? Tu m'aurais été siutile. J'ai besoin d'être encouragé.

Le souper s'est passé heureusement, c'est-à-dire j'ai été amèrementstupide; mais je n'ai rien renversé, et dans l'état de mes nerfs,c'est presque miraculeux.

M. de Montbrun, encore plus aimable et plus gracieux chez luiqu'ailleurs, m'inspire une crainte terrible, car je sais que monsort est dans ses mains.

Jamais sa fille n'entretiendra un sentiment qui n'aura pas sonentière approbation, ou plutôt elle ne saurait en éprouver. Elle viten lui un peu comme les saints vivent en Dieu. Ah! si notre pauvrepère vivait! Lui saurait bien me faire agréer.

Après le thé, nous allâmes au jardin, dont je ne saurais rien dire;je marchais à côté d'elle, et toutes les fleurs du paradis terrestreeussent été là, que je ne les aurais pas regardées. L'adorablecampagnarde! elle n'a plus son éclatante blancheur de l'hiverdernier. Elle est hâlée, ma chère. Hâlée! que dis-je? n'est-ce pasune insulte à la plus belle peau et au plus beau teint du monde? Jesuis fou et je me méprise. Non, elle n'est pas hâlée,

  Mais il semble qu'on l'ait dorée
  Avec un rayon de soleil.

Elle portait une robe de mousseline blanche, et le vent du soirjouait dans ses beaux cheveux flottants. Ses yeux—as-tu jamais vude ces beaux lacs perdus au fond des bois? de ces beaux lacsqu'aucun souffle n'a ternis, et que Dieu semble avoir faits pourrefléter l'azur du ciel?

De retour au salon, elle me montra le portrait de sa mère, piquantebrunette à qui elle ne ressemble pas du tout, et celui de son père,à qui elle ressemble tant. Ce dernier m'a paru admirablement peint.Mais depuis les causeries artistiques de M. Napoléon Bourassa, dansun portrait, je n'ose plus juger que la ressemblance. Celle-ci estmerveilleuse.

—Je l'ai fait peindre pour to

...

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