PAUL VERLAINE
PRÉFACE
de J.-K. HUŸSMANS
PARIS
LIBRAIRIE LÉON VANIER, ÉDITEUR
A. MESSEIN Succr19, QUAI SAINT-MICHEL, 19
MCMIV
CHARLES MORICE
| Du sens religieux de la poésie.Un volume grand in-18 | 3 fr. »» |
| Paul Verlaine. L'Homme et l'Œuvre.Un volume in-18 Jésus | 3 fr. 50 |
IL A ÉTÉ TIRÉ DE CE LIVRE:
15 exemplaires sur Hollande Van Gelder, numérotés de 1 à 15
Mon intention n'est pas, en ces quelquespages, de parler, au point de vue littéraire, del'œuvre de Verlaine. Cette étude a été mainte foisfaite et, moi-même, il y a bien longtemps, en1884, dans «A Rebours», alors que personne nese souciait de l'écrivain disparu dans une tourmente,j'ai noté et tâché d'expliquer l'œuvre singulière decet homme qui, après Victor Hugo, Baudelaire etLeconte de Lisle, est un de ceux dont l'influence futla plus décisive sur la génération des poètes denotre temps.
Aujourd'hui, à propos de ce recueil de vers exclusivementreligieux, extraits des volumes de «Sagesse»,d'«Amour», de «Bonheur», de «Liturgiesintimes» auxquels sont jointes quelquespièces posthumes, je voudrais simplement m'occuperde Verlaine, au point de vue catholique,essayer de dissiper le malentendu qui existe entre luiet les fidèles restés défiants pour sa personne et pourses livres, faire comprendre, si cela était possible,qu'il ne fut pas l'impénitent pécheur qu'ils présument,affirmer enfin que l'Église a eu en lui leplus grand poète dont elle se puisse enorgueillir,depuis le Moyen-Age.
Unique, en effet, à travers les siècles, il a retrouvéces accents d'humilité et de candeur, cesprières dolentes et transies, ces allégresses de petitenfant, oubliés depuis ce retour à l'orgueil du paganismeque fut la Renaissance.
Et cette ingénuité presque populaire, cette contritionsi vraiment touchante, il les a traduites dansune langue étrangement évocatrice, avec ses détourset ses ellipses, une langue très peu compliquée ettrès bistournée, à la fois, usant de rythmes nouveauxou rajeunis, achevant, après Victor Hugo etde Banville, de rompre les anciens gaufriers de lamétrique, pour y substituer des moules d'une formetrès particulière, des estampes très spéciales, auxtouches à peine appuyées, aux empreintes tout justeperçues.
Parti, de ses premiers essais, de Baudelaire et deLeconte de Lisle, en quelques poèmes de Banvilleet, pour l'expression un peu mièvre de certainesdoléances de sentiments humains, de Mme Desbordes-Valmorequ'il admirait peut-être plus que de raison,Verlaine n'avait pas tardé à secouer l'inévitable jougdes débuts et sa personnalité s'était résolument attestée«lorsqu'il avait su exprimer de délicieusesconfidences, à mi-voix, au crépuscule; seul, il avaitsu laisser deviner certains au-delà troublants d'âme,des chuchotements si bas de pensées, des aveuxmurmurés, si interrompus que l'oreille qui les percevaitdemeurait hésitante, coulant à l'âme des langueursavivées par le mystère de ce souffle plus devinéque senti».
Et je citais en exemple, à la suite de ces lignesd'«A Rebours», une strophe célèbre maintenantdes «Fêtes gal